Soutien scolaire : L’envers du décor

Posted in Uncategorized by ttp on 21 July 2019

Le soutien scolaire en 2019 qu’est-ce que c’est ? Pourquoi les cours particuliers « au noir » continuent-ils d’avoir autant de succès ? L’égalité des chances face au soutien scolaire est-elle réelle ? De nombreuses interrogations persistent, essayons de comprendre un peu plus en détail les tenants et les aboutissants de ce marché en croissance continue année après année.

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Le soutien scolaire qu’est-ce que c’est ?

La définition que l’on connait tous du soutien scolaire, est l’accompagnement personnalisé par un ou plusieurs enseignants, dont un élève peut bénéficier lorsqu’il présente des difficultés d’apprentissage dans un domaine. De plus en plus pratiqué, il s’agit de l’alternative la plus utilisée par les français en 2019 pour pallier aux lacunes de leurs enfants ou à leur propre lacune en tant qu’étudiant. Pour les parents cette question se pose généralement, à la fin du premier trimestre à la suite d’une réunion parents-professeurs, lorsque les résultats escomptés ne sont pas à la hauteur des résultats obtenus. Souvent, les parents sont pris de panique et recherchent une aide extérieure à celle de l’école pour aider leurs enfants à améliorer leurs résultats scolaires. Les prestations de soutien scolaire sont destinées aux apprenants de tout âge et de tout cycle, du primaire au supérieur en passant par le secondaire.

Économie souterraine : Le secret de polichinelle

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L’exigence du système scolaire, de la 6ème au post bac, pousse toujours plus les élèves à recourir au soutien scolaire. Mais seulement 20% de ce soutien scolaire est déclaré aujourd’hui. Et oui, vous l’aurez deviné, les 80% restant de ce marché s’effectue en économie souterraine. Mais pourquoi ? Plusieurs aspects expliquent ce chiffre énorme :

• Le prix exorbitant des organismes classiques, rendant toujours plus inaccessible le soutien scolaire à une population financièrement faible mais dont les enfants ont besoin de soutien scolaire et de remise à niveau entre chaque période scolaire tout autant que ceux ayant des parents financièrement aisés ou ayant un niveau d’éducation CSP+.

• En plus du pourcentage ponctionné par les organismes de mise en relation au revenu net empoché par les enseignants. Les services fiscaux se chargent de prélever une partie de ce complément de revenu en fonction de la somme perçue par ces derniers. Le taux horaire se voit donc très vite raccourci et ne rends plus attractif ce système de mise en relation. En particulier, lorsque l’on connait le salaire peu élevé des enseignants de l’Éducation Nationale. Ils sont, pour beaucoup d’entre eux, dans l’obligation d’arrondir leur fin de mois avec des cours de soutien scolaire en complément de leur activité principale. Les professeurs préfèrent donc trouver eux-même leurs élèves, malgré les difficultés que cela incombe.

• Le manque de structures internes à l’Éducation Nationale pour le suivi individualisé des élèves en décrochage scolaire répondant à des besoins spécifiques.

• La défiance des parents et des élèves à l’égard d’un système vieillissant et ne répondant plus de manière optimale à la transformation du monde d’aujourd’hui.

De nombreuses petites annonces, dans les bibliothèques, sur les plateformes de mise en relation (type Le Bon Coin) contribuent largement à ce phénomène. Le manque de confiance des parents et l’absence d’accompagnement, les contraint à se tourner vers des solutions telles que le « bouche à oreille », ayant une part importante de cette économie souterraine.

Comment endiguer ce phénomène ?

Aux vues des différentes causes permettant aux cours non déclarés de fleurir sur le marché du soutien scolaire, de nombreuses évolutions juridiques et administratives ont été introduites ces dernières années afin d’encourager la régularisation de cette activité. Telle que Chèque Emploi Service (CES) crée en 1994 et renommé en 2006, Chèque Emploi Service Universel (CESU). Il simplifie la déclaration de l’activité auprès des autorités fiscales mais également permet de bénéficier de déductions fiscales de 50%. Cette évolution a surtout contribué à l’émergence de nouveaux travailleurs indépendants dont le soutien scolaire est devenu leur activité principale. Plusieurs pistes restent à explorer notamment celle de la défiscalisation totale des cours particuliers, l’absence de commission des organismes privés, la création de structure totalement dédié à l’aide pour tous.

Quand égalité des chances et soutien scolaire ne font pas bon ménage.

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« L’inégalité face à l’éducation est la première des injustices contre lesquelles il faut lutter. Pour inverser la tendance, le Gouvernement s’est fixé un objectif : ramener à moins de 10% les écarts de réussite scolaire entre les élèves »1.

Aujourd’hui c’est 1 lycéen sur 3 et 1 collégien sur 5 qui prennent du soutien scolaire. Mais ce chiffre est-il représentatif du besoin de soutien scolaire en France aujourd’hui ?

Nous aurions tendance à dire non. Notamment, lorsque que l’on sait que plus de 100.000 élèves sortent chaque année de notre système scolaire sans diplôme. Cela est équivalent à 12% d’une classe d’âge, affectée par le décrochage scolaire. Avec un soutien scolaire accessible à cette population, il semble clair que le pourcentage de décrochage scolaire serait nettement amoindri. Par ailleurs, le décrochage est corrélé au milieu social et de facto aux revenus des parents, qui ne peuvent bénéficier que de soutien scolaire gratuit dispensé par des associations. Ces associations n’ayant que peu de moyens, font appel à des bénévoles de manière ponctuelle. La qualité en termes de contenu pédagogique et suivi régulier n’est donc pas au toujours au rendez-vous. Malgré les nombreuses actions menées par l’Éducation Nationale depuis plusieurs décennies, ce pourcentage ne baisse que très peu. Selon un sondage de l’IFOP de mai 2018, 65% des français estiment aujourd’hui que le système scolaire actuel n’assure pas l’égalité des chances. D’après l’OCDE, la France est l’un des pays où le milieu social influe le plus sur le niveau scolaire. La recrudescence du soutien scolaire gratuit montre à quel point le besoin des familles n’ayant pas de moyen financier significatif est important.

Le soutien scolaire est-il une alternative à l’école ?

Le soutien scolaire se définit avant tout comme parascolaire i.e en compl ément de l’école. Il s’adapte aux besoins des élèves en fonction des attentes de l’école. Il s’agit le plus souvent de vérifier la bonne compréhension des leçons et d’accompagner les élèves dans l’acquisition d’une méthodologie de travail pour la réalisation des devoirs. Cependant malgré ce constat clair, que l’on peut voir sur le terrain, les organismes classiques et les mastodontes du soutien scolaire n’hésitent pas se positionner comme concurrents de l’Éducation Nationale en dépeignant un tableau peu flatteur de l’école. Très critiques et prônant l’égalité des chances et la réussite des élèves délaissés par un système scolaire ne répondant plus aux attentes de la nouvelle génération.

Quand les chiffres s’expriment, l’engouement pour le soutien scolaire s’explique.

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Mondialement, bien qu’il soit difficile d’obtenir des chiffres officiels, on peut estimer selon l’UNESCO, que 30% à 40% de la population scolarisé a recours à des cours particuliers. Selon une étude Xerfi2 France 2017, le soutien scolaire est un marché en constante évolution et ceux jusqu’en 2020 où il devrait atteindre sa maturité. Sa taille étant estimé à 2,5 milliards d’euros dont 350 millions d’euros reviennent aux organismes privés et plus du tiers de cette somme à ACADOMIA. Les français prennent plus de 40 millions d’heures de soutien scolaire avec un prix moyen équivalent à 50€/heure. Les ménages dépenses en moyenne 1500 € annuellement pour faire bénéficier de soutien scolaire à leur enfant. La part d’élèves entrant en 6e en retard en 2016, a diminué depuis 2005 mais reste importante 9,1% (contre 17,2 % en 2005). La demande de soutien scolaire est en partie liée au niveau d’anxiété des élèves et aux inquiétudes de leurs parents en matière de réussite à l’école et à son corollaire l’insertion professionnelle. Cet élément est par conséquent renforcé par le niveau des élèves à l’école.

1 : « Refonder l’école / la lutte contre les inégalités scolaires » https://www.gouvernement.fr/action/la-lutte-contre-les-inegalites-scolaires, 15 mai 2017 2 : « Le marché du soutien scolaire », Xerfi France , 2017